Poser du carrelage sur du carrelage les inconvénients
La rénovation d’un sol ou d’un mur carrelé interpelle souvent les propriétaires par sa complexité et son coût. Une méthode courante, supposée simplifier les travaux, consiste à poser un nouveau carrelage directement sur l’ancien. Cette solution, a priori séduisante – pas de dépose fastidieuse, moins de poussière, gain de temps – n’est cependant pas exempte d’inconvénients. En effet, cette technique comporte des risques et des contraintes, tant au niveau technique que sur le plan esthétique et juridique. Pour bien décider, il est fondamental d’examiner en détail les limites de la pose de carrelage sur du carrelage existant.
Épaisseur accrue et problème de seuils
Le principal inconvénient de la pose de carrelage sur carrelage réside dans l’augmentation de l’épaisseur totale du sol. En effet, chaque carreau ajouté, additionné à la colle (généralement entre 4 et 6 mm pour la colle et la sous-couche), relève le niveau du sol de 10 à 14 mm, voire plus selon le format du carrelage choisi.
Cela pose des problèmes concrets au niveau des seuils de portes, des plinthes, de l’ouverture des portes-fenêtres ou des meubles encastrés :
- Obligation de raboter ou d’ajuster les portes intérieures et extérieures.
- Décalage avec les autres pièces non concernées par le re-carrelage.
- Hauteur excessive sous les meubles de cuisine ou sanitaires, pouvant gêner l’accès ou la stabilité.
- Modification du seuil d’accès pour les personnes à mobilité réduite, pouvant nuire à l’accessibilité.
À titre d’exemple, dans une salle de bain rénovée, la surépaisseur peut empêcher le bon fonctionnement d’une porte coulissante ou imposer de réhausser un bac de douche à l’italienne, nuisant à l’esthétique comme à la praticité.
Adhérence et risques de décollement
La pose d’un carrelage sur une surface déjà carrelée n’offre pas toujours la même garantie d’adhérence qu’une pose sur une chape neuve. La nature lisse et parfois émaillée de l’ancien carrelage limite le pouvoir accrochant des mortiers-colles, même lorsque ceux-ci sont spécifiques (type C2S1 ou C2S2, souvent recommandés par des marques comme Weber ou Parexlanko).
Une mauvaise préparation de la surface (dégraissage, ponçage, application d’un primaire d’accrochage) entraîne fréquemment :
- Décollage prématuré des nouveaux carreaux
- Fissurations et infiltration d’eau dans certains environnements, notamment les pièces humides
- Phénomènes d’écho creux sous le carrelage, synonymes d’une défaillance à long terme
L’adhésion dépend aussi de l’état du carrelage d’origine. Si celui-ci présente déjà des carreaux sonnant creux, fissurés ou mal fixés, le risque d’altération rapide du nouveau revêtement est élevé. Il est donc impératif de vérifier méticuleusement chaque carreau et de procéder à des réparations ou à une dépose partielle avant toute nouvelle pose.
Problèmes d’humidité et de ventilation
Ajouter une deuxième couche de carrelage sur la première risque d’enfermer l’humidité résiduelle dans le support, notamment dans les logements anciens ou les pièces humides (salles de bains, cuisines). Le manque de ventilation entre les couches empêche l’évaporation de l’eau, favorisant le développement de moisissures ou de champignons sous le revêtement.
Les conséquences peuvent être graves :
- Décollement des carreaux, apparition de taches noires sur les joints
- Altération de la structure de la dalle (gonflement, mouvements du sol)
- Risques pour la santé des occupants (allergies, problèmes respiratoires)
Pour minimiser ces risques, il est nécessaire de procéder à un test d’humidité avant la pose (avec des outils comme ceux de marque Protimeter) et d’attendre un séchage complet, ce qui peut retarder le chantier de plusieurs semaines.
Contraintes techniques et incompatibilités
La solution de pose sur pose n’est pas compatible avec toutes les situations. Certains types de carrelage ancien, notamment les petits formats, les mosaïques ou les supports posés sur planchers bois, présentent une faible stabilité. D’autre part, les sols chauffants électriques anciens ou les planchers chauffants à eau peuvent rendre cette technique risquée : la conductivité et l’efficacité thermique du chauffage s’en trouvent réduites.
Les fabricants de solutions de pose, tels que Mapei ou Saint-Gobain Weber, proposent certes des colles et primaires adaptés, mais précisent bien les limites d’application dans leurs préconisations techniques.
De plus, la surcharge générée par la double épaisseur augmente le poids au mètre carré (jusqu’à 40-50 kg/m² en cumulant deux couches de carrelage épais), ce qui peut excéder les capacités portantes des dalles légères ou des planchers surélevés.
| Situation | Conseil technique | Risques encourus |
|---|---|---|
| Ancien carrelage fissuré | Dépose totale recommandée | Propagation des fissures au nouveau carrelage |
| Pose sur plancher bois | Renfort du support indispensable | Fléchissement, casse des carreaux |
| Salle d’eau sans VMC | Pose déconseillée | Moisisures, odeurs, santé des occupants |
Impact esthétique et finitions
Au-delà des aspects techniques, la superposition de carrelages peut nuire à l’esthétique de votre intérieur. Les joints du premier carrelage, souvent inégaux ou très marqués, rendent difficile la création d’une surface parfaitement plane pour la seconde pose. Les variations de niveau, visibles surtout avec des carreaux grands formats (60×60 ou plus), entraînent des malfaçons :
- Alignements irréguliers des joints
- Effet de marches entre les pièces (sauts de nez de marche inesthétiques)
- Finitions des plinthes complexifiées (nécessité de réhausser ou d’habiller)
La multiplication des couches complique également la pose d’éléments décoratifs, tels que les nez de marches, les seuils en aluminium ou en inox (marques Schluter Systems). Enfin, dans certains cas, la présence de doubles couches nuira à la diffusion de la lumière naturelle, rendant les pièces visuellement plus petites ou plus sombres.
Aspects réglementaires et garanties
En France, la rénovation d’un sol carrelé est encadrée par des normes (DTU 52.2 pour la pose collée). La pose de carrelage sur carrelage n’y est pas toujours explicitement admise, surtout si le support existant ne répond pas aux critères de planéité, de stabilité et d’adhérence du DTU. Cette situation a des conséquences directes sur les assurances, les garanties décennales et la revente éventuelle du bien :
- L’assurance dommages-ouvrage peut refuser d’intervenir en cas de sinistre (fissures, infiltrations…)
- La garantie décennale du poseur ne couvre généralement pas les supports jugés non conformes
- Des complications lors d’une vente immobilière, si l’état ou la pose du sol soulève des interrogations lors du diagnostic technique
En rénovation, il est donc conseillé de conserver tous les justificatifs des matériaux utilisés (factures, fiches techniques, références des colles et primaires) afin de prouver la conformité du chantier.
*Malgré ses avantages apparents, la pose de carrelage sur un carrelage existant comporte des inconvénients majeurs, à ne pas négliger. Épaisseur excessive, risques d’adhérence et de ventilation, contraintes techniques et garanties limitées doivent impérativement être pris en compte pour un projet durable et sécuritaire.*